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Finances publiques : le conseil fédéral doit encore mieux faire
En ces temps troublés, les finances fédérales sont en de bonnes mains, avec des perspectives d’assainissement. De quoi donner une raison supplémentaire de jalousie à maints Etats étrangers, notamment voisins, endettés jusqu’au cou et où le pire est souvent à venir[1]. De quoi aussi faire figure de modèle aux yeux de la plupart des cantons[2].
Annoncés à mi-février, les comptes de la Confédération pour 2009, avec 2,7 milliards d’excédents, semblent, par contraste, avoir viré au noir anthracite. Mais ils ne doivent pas faire illusion. Les rentrées de l’impôt fédéral direct n’y portent pas la trace de la crise économique. Ni, a fortiori, des incertitudes qui planent sur le futur du secteur financier qui est encore un contribuable excellent des caisses publiques. Ni, enfin, des premiers effets des baisses d’impôts, à peine décidées par les Chambres, en faveur des couples, des familles avec enfants et des entreprises.
Ce contexte rend donc indispensable le programme d’assainissement pour la période 2011- 2015 qui a suivi leur présentation. Un programme ambitieux, mais qui n’en représente pas moins un minimum, si la Confédération entend rester maîtresse de son destin. Pour transformer ce minimum en optimum permettant de stabiliser la quote-part de l’Etat dans le PIB, le grand argentier fédéral devrait réunir une majorité parlementaire d’accord d’étendre le frein à l’endettement au secteur des assurances sociales. Une perspective aussi indispensable que peu probable.
Rappel. En 2001, le peuple suisse a plébiscité un dispositif de frein à l’endettement. Il passe par un assainissement structurel durable des finances fédérales : pas de dépenses plus élevées que les recettes budgetées ; à défaut, des compensations sont à trouver les années suivantes, à l’intérieur du même cycle conjoncturel, par une réduction des dépenses plutôt que par une hausse des impôts. La sagesse même !
L’excédent de recettes présenté par les comptes de 2009, trois fois plus élevé que les prévisions budgétaires, ainsi que la vente des actions d’UBS pour 7,2 milliards, ont notablement contribué à la réduction de la dette, à hauteur de 11 milliards. Cette dernière est ainsi tombée à 111 milliards, soit une chute de 20 milliards depuis 2005. Peu de ministres des finances laisseront pareil bilan.
Si le frein à l’endettement autorise le déficit du budget de 2010, qui devrait être de l’ordre de deux milliards, il exige aussi des recherches d’économies dès 2011. Et donc des choix. Face aux socialistes qui préféreraient lâcher du lest, singulièrement du côté de l’assurance-chômage, face à l’USS qui réclame tout de go de « renoncer aux programmes d’austérité », un franc faible face à l’euro et un impôt sur les bonus, le conseil fédéral a décidé d’un train de mesures résolues. Elles passent par un programme de consolidation, essentiellement fait de mesures financières, à même de diminuer les charges de 1,5 milliard de 2011 à 2013. Et aussi par un réexamen des tâches montant en puissance jusqu’à 2015.
Certaines de ces mesures sont d’ores et déjà contestées. Ainsi de la suppression de la subvention au haras d’Avenches. Ou de la fin des indemnités au trafic régional peu fréquenté, en relevant le plancher pour l’octroi de la manne fédérale de 32 ( !) à 100 passagers par jour ; sont ainsi menacées 175 lignes, essentiellement de bus, sur 1300. D’autres vont susciter la polémique, de la mort des contributions à Swissinfo ou à la presse locale et régionale, à l’attaque contre des programmes de prévention de la santé.
Que restera-t-il, au terme des tractations, des 2,7 milliards d’économies mis sur la table des négociations ? Aux milieux consultés jusqu’à fin avril 2010 de répondre, au Parlement de prendre ses responsabilités au nom de l’intérêt général. Les citoyens jugeront, lors des élections de l’automne 2011, des options des uns, des décisions des autres.
(Editorial publié dans Entreprise romande du 5 mars 2010)
[1] Selon le FMI, le coût de la crise représenterait 31% du PIB français, tandis que la facture actualisée du vieillissement équivaudrait à 276% de son PIB ! Les attaques contre le fisc suisse font diversion….
Voir « Fiscal implications of the global economic and financial crisis », IMF, Staff position note, 9 juin 2009, SPN/09/13.
[2] Car ceux-ci se sont lancés dans des investissements importants – 5,6 milliards de francs sont prévus au total pour 2010, soit 70% de plus qu’en 2008 – sans généralement réfréner leurs dépenses de fonctionnement. Quinze d’entre eux s’attendent même, pour cette année, à un déficit cumulé de 1,1 milliard, dont la moitié due à Zurich. Leur réveil sera dur !
Encourager l’excellence des étudiants ? N’y pensez pas !
Ne plus se contenter de soutenir les étudiants aux besoins financiers les plus criants, mais aussi encourager les étudiants dotés de moyens intellectuels élevés, y compris pour le bachelor. Ou comment ajouter une logique libérale de méritocratie à une logique socialiste d’égalité des chances. Telle est la stratégie poursuivie en Suisse par une trentaine de parlementaires fédéraux allant des Verts à l’UDC et emmenés par le zurichois Rudi Noser. Un postulat a été déposé à la fin de 2009 ; une réponse du Conseil fédéral est attendue au printemps.
La démarche n’a eu que fort peu d’écho ; elle a surtout suscité des critiques de la part de l’Union nationale des étudiants suisses (UNES). Les raisons ? Probablement une méfiance à l’égard du concept même d’élite intellectuelle alors que l’élite sportive ou culturelle ne pose pas problème. Certainement une volonté de ne pas mettre en cause le statu-quo redistributif actuel : l’argent public est rare, autant l’octroyer aux moins aisés.
Or ce postulat met le doigt sur une faille du système suisse de formation. La sélection y est en général élevée au niveau secondaire, notamment en Suisse alémanique ; le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) soutient les doctorants et, partant, la relève universitaire. Entre deux, presque rien. Cette faille a du reste été mise en évidence par le Conseil suisse de la science et de la technologie qui en fait l’une de ses recommandations pour la période 2008-2011. C’est-à-dire hier.
Certes, à poursuivre les mêmes buts, il existe des fondations privées. Dont, par exemple, la Fondation suisse d’études[1], (modestement) soutenue par des entreprises et plusieurs hautes écoles dont, pour la Suisse romande, l’université de Fribourg et l’EPFL. Mais, avec un budget annuel de 3,2 millions de francs prévu pour 2012, sa contribution financière à quelque 800 étudiants reste modeste (4000 francs par an en moyenne).
Un engagement de la Confédération s’impose. Elle devrait offrir aux hauts écoles (HES, EPF et universités) les moyens leur permettant de mettre sur pied des programmes interdisciplinaires pour leurs meilleurs étudiants, faciliter l’intégration dans des équipes de recherche et proposer des contacts avec des entreprises à des étudiants talentueux. Par exemple avec une moyenne supérieure à 5,3, propose le postulat de R. Noser.
Les exemples étrangers sont probants. Aux pays anglo-saxons s’est depuis des lustres ajoutée l’Allemagne avec seize organismes d’encouragement et des fondations privées. Résultats : ses meilleurs professeurs, engagés en Suisse, sont souvent d’anciens bénéficiaires de ces bourses ! En France, pays où la méritocratie est cultivée par les Grandes Ecoles, Polytechnique offre quelques bourses d’excellence, de 830 € par mois, « réservées à des candidats en master ayant démontré un niveau et un potentiel exceptionnels ».
Le moment de passer la vitesse supérieure est donc arrivé en Suisse aussi. En méditant le conseil donné à ses concitoyens par le premier ministre chinois, à l’orée de l’année du tigre : « garder un sens accru de la peur d’être à la traine ». Une litote, typique du sens de l’humour de la deuxième puissance économique mondiale.
(paru dans Entreprise romande du 19 février 2010)
Les incompatibilités ont encore frappé !
Jeudi 11 février, vers 22 heures, salle du Grand Conseil. Pour cause de cafouillage technique, les députés doivent revoter une résolution socialiste. Qui fait fi de tous les efforts cantonaux dans la lutte contre le fléau du chômage en exigeant une augmentation du nombre d’indemnités fédérales. En clair : la réouverture de la trappe qui éloigne durablement les chômeurs du marché du travail. Le résultat est ultra-serré : 47 voix contre, 48 pour.
Comment en est-on arrivé là ? Un député socialiste, employé du département de François Longchamp, a été amené à voter contre la politique prônée par son chef. Bon gré ou mal gré, peu importe.
Ce résultat démontre que les libéraux ont identifié un vrai problème : la présence de collaborateurs de l’Etat, et pas seulement de policiers et pas seulement au MCG, dans les travées du Grand Conseil. Ils proposent une solution qui se doit d’être ambitieuse pour être efficace : réintroduire les incompatibilités, supprimées en 1998, entre le mandat de député et un emploi dans la fonction publique cantonale. Dans le petit, le grand et, par extension, dans le méga Etat. Partout où l’on applique, directement ou par analogie, la loi sur le personnel de l’administration cantonale.
Le plus tôt sera le mieux.
Cerise sur le gateau: les incopmpatibilités professionnelles sont une chose; les incompatibilités morales en sont une autre. Une démarche dans ce sens ne va pas manquer. Qui m’aime – ou ne m’aime pas - suive mon regard…
La peur pour la Poste : mauvais message
Le remplacement brutal du président du conseil d’administration de la Poste, Claude Béglé, par l’ancien directeur de l’Union patronale suisse, Peter Hasler, un expert en rapports de forces helvétiques, ne changera rien au fond du problème : le Géant jaune doit s’adapter à un marché en mutation pour cause de tsunami technologique. Tout retard se paiera comptant.
Pour ce faire, les autorités ont la responsabilité de faciliter sa tâche en lui évitant les sources de déficit et en en précisant la stratégie. Quant aux citoyens, ils auront à écrire le ou plutôt les derniers mots. L’issue est loin d’être évidente, car les ennemis de la libéralisation du marché postal n’ont de cesse d’instiller la peur du changement. Rappel : en avril 2002, l’initiative de la gauche « Services postaux pour tous » n’avait échoué que d’un fil (49,8% de oui, 9 cantons et demi en sa faveur).
Les conservateurs postaux jouent d’ores et déjà sur deux tableaux. Le parti socialiste a lancé, en décembre 2009, une nouvelle initiative « Pour une poste forte ». Son but est de saison : la glaciation du réseau postal. Conscient de son coût, il propose de le couvrir par deux biais. D’une part, grâce à une banque postale, une idée qui hérisse notamment les banques cantonales. D’autre part, par le monopole des lettres qui est en train de devenir une « Schweizerei », une curiosité en comparaison des pratiques de maints pays développés.
Or, ce monopole, qui coûte fort cher aux clients, est le point central de la révision de la loi sur la Poste, actuellement en discussion aux Chambres fédérales. Selon leur décision, il pourrait aussi faire l’objet d’un référendum de la gauche. Pour cette raison, la commission du National temporise. Moritz Leuenberger devrait lui proposer, d’ici à mi-mai 2010, de nouveaux scénarios basés sur les conséquences financières de sa suppression.
Et aussi des chiffres enfin exacts sur les recettes provenant des autres domaines d’activités de la Poste. Nul doute que les opposants de la libéralisation contesteront, par exemple, la réalité du coût minime du réseau des offices postaux dans les régions périphériques. Car en en gonflant l’importance financière, les syndicats en ont fait un mythe pour justifier leur maintien. La Poste est dorénavant mise au défi de briser ce secret postal !
Au passage, une étude, publiée par l’Autorité de régulation postale, vient de démontrer que les conditions de travail des entreprises privées actives dans le domaine des colis postaux sont souvent supérieures aux exigences minimales de la loi sur la poste[1]. Un autre mythe syndical s’effondre.
Bref, le futur des entreprises postales devrait apporter de bonnes nouvelles. Pour les clients comme pour leurs employés. A condition de poursuivre dans le chemin libéral tracé par le socialiste Ulrich Gygi, ancien directeur général (socialiste) de la Poste publique.
(Editorial paru dans Entreprise romande du 5 février 2010)
Les taxis voisins à la rescousse, en deux temps, trois mouvements !
Quelques taxis ont débrayé ce matin à Genève. S’ajoutant à la grève qui affecte l’aéroport international de Genève, et quelles qu’en soient les raisons, cette perturbation fait désordre. Pour une ville internationale, fière à juste titre de sa vocation et de sa tradition d’accueil, toutes les voies doivent être explorées pour trouver des solutions permettant à Genève d’offir des services dignes de son rang.
On ne peut en particulier évacuer l’hypothèse qu’un jour, les perturbations pour ce service public ne soient plus graves. La responsabilité des élus est en tout cas de se préparer à cette éventualité. Dans le cadre de la révision de la loi sur les taxis qui permet, dans ses dispositions actuelles, des commandes de service préalables pour des taxis extérieurs au canton, on pourrait imaginer, dans le futur, à titre exceptionnel, face à l’urgence, d’élargir le rayon géographique des personnes habilitées à offrir cette prestation. En commançant par les taxis vaudois. Le marché intérieur suisse existe, que diable !
Et puis, diable pour diable, si la situation se détériorait à un point jugé trop grave par l’autorité, pourquoi ne pas ouvrir, dans les mêmes conditions, le canton aux taxis des départements français limitrophes ?
Ce serait la réponse du taxi extérieur au taxi intérieur. Moins romantique que celle du berger à la bergère, mais assurément aussi efficace, qui permettrait de retrouver le chemin de la raison. Après tout, Swissport va bien chercher du renfort hors du canton.
Lettres de lecteurs et blogs: deux poids, deux mesures.
Une démission des éditeurs, une quête trop souvent réussie d’irresponsabilité juridique dans un domaine encore flou, peu régulé, voilà à quoi ressemble de plus en plus clairement les blogs des journaux. La Tribune de Genève ne fait pas exception, au contraire. Avec, à la clé, la création d’une inégalité de fait dans la contrétisation de la liberté d’expression. Entre la lettre de lecteur physique envoyée à son journal et un “post” sur l’un des “blogs” de ce même journal, le simple fait de passer d’une édition physique à une édition électronique, du français au franglais semble gommer toute responsabilité pour l’éditeur, trop heureux de s’en décharger sur le blogueur. Comme s’il ne craignait pas de donner à penser qu’il anticipe la disparition de sa rédaction, un centre de frais, au profit (!) d’un fil de news d’agences électroniquement gérées ! D’où cet appel à la responsabilité sociale de l’éditeur, et dans le cas de la Tribune, d’edipresse.
Y aurait-il alors deux types de lettres de lecteurs ? Celles de l’édition physique, contrôlées, limitées, coupées le cas échéant, mais aussi estampillées – la lettre du jour - par une rédaction qui exerce un contrôle a priori. Qui témoigne dela sorte de sa vigilance sur leur contenu, ni injurieux, ni grossier, ni diffamatoire, ni calomnieux, respectueux au fond comme à la forme des normes légales. Et puis celles de l’édition virtuelle, où l’éditeur se fie au sens des responsabilités du blogueur, où le contrôle n’intervient, au mieux, qu’a posteriori. Ce qui revient à transférer à celui-là un sacré fardeau dont il use et trop souvent mésuse. Surtout dès que la haine de l’autre est de la partie. Et les blogueurs de se répondre comme des boxeurs, sans jamais craindre les coups bas que l’anonymat favorise. Il suffit de lire les réactions suscitées en cette fin d’année par deux articles de la Tribune, l’un sur ce que Genève ristourne à la Haute-Savoie grâce à l’imposition à la source des frontaliers, l’autre sur Genève qui a cassé ses barrières en 2009.
Or cette évolution représente une démission non acceptable de l’éditeur. L’exercice de la liberté d’opinion ne suppose pas un soutien aveugle, que d’aucuns pourraient regarder comme lâche, des médias à quiconque s’en empare, au motif ou avec l’excuse de l’absence de limite physique du web, contrairement au nombre de pages limité de l’édition sur papier. Cet exercice suppose au contraire une surveillance, un parrainage, une sélection éclairés, délégués à la rédaction électronique, à l’aune des moyens offerts à son équivalent physique. Sinon, on court le risque d’abolir toute inhibition, on n’est pas loin des appels à l’exclusion, au lynchage, de la haine de l’autre à l’état brut qu’on a pu voir dans le débat sur le Ceva et qui reviendra au détour de tout sujet à composante protectionniste, du chômage au cassis de Dijon, de la mise en oeuvre des accords bilatéraux à la présence de certaines communautés en Suisse. Loin d’avoir affaire à des citoyens, on cède aux pirates de la démocratie.
Cela implique qu’un entrepreneur “socialement” responsable - un éditeur ne se doit-il pas d’être exemplaire à cet égard ? – ne peut développer que ce qu’il domine. Une nouvelle offre de prestations suppose un ensemble de précautions. Ce qui est exigé de toute entreprise qui met sur le marché de nouveaux produits vaut aussi pour les médias. Ces précautions supposent des moyens, pas seulement technologiques, mais aussi humains. Et donc des arbitrages. Mieux vaut renoncer que faire à moitié, ou mal faire. Voire contribuer à (laisser) faire le mal. Que ne reproche-t-on pas aux armuriers et autres vendeurs de canons dont on exige, à juste titre, qu’ils contrôlent l’identité de leurs clients. Aurait-on oublié que la langue – ou le doigt sur une touche de clavier – peut être la meilleure ou la pire chose du monde ? Ou faudra-t-il que la politique se mette à légiférer pour obliger les médias à modérer a priori les blogs qui sont de leur ressort ? Ce qui n’a pas été nécessaire pour les lettres de lecteur traditionnelles. Da capo.
Ce souhait pour 2010 n’en prend que plus de relief: si les éditeurs ne prennent pas au sérieux les responsabilités qui accompagnent leur métier, ils y perdront en crédit, et peut-être en liberté de manoeuvre (Les doubles sens sont permis…) En cette fin de 2009, une chose est sûre: la démocratie y a perdu en dignité. Et l’excuse des passions à laisser s’épancher n’est pas recevable, quand elles se voient incitées au défoulement.
Petit bénéfice collatéral de cet appel: en créant des postes de modérateurs - un cent, mille ! -, les médias apporteraient leur pierre à la lutte contre le chômage. Un bénéfice irréaliste, au vu de la crise qui ne les épargne pas…
Valeurs de droite obligent !
Dans le cadre solennel d’une cathédrale Saint-Pierre remplie jusqu’au dernier rang, après avoir prêté serment en s’approchant des Ecritures[1], le nouveau conseil d’Etat genevois a fixé le cap de la législature. Les accents donnés à son discours par son président, François Longchamp, n’ont pas manqué d’ambitions sélectives. Le temps du « ni-nisme » – ni hausse d’impôts, ni baisse de prestations – est bel et bien révolu[2]. Valeurs bourgeoises et républicaines, projets étatiques d’infrastructures et réponses aux défis du temps présent pour Genève ont ainsi trouvé la place qu’ils méritaient.
La juste valorisation de l’effort et du travail a souligné que la richesse d’une nation ne naît pas du hasard, mais de la volonté de ses citoyens. On n’aura pas célébré le nom de Calvin en vain pendant toute une année. A cette réserve près que l’alma mater n’a pas eu droit à la moindre mention : son 450ème anniversaire préfigure-t-il son chant du cygne ? Pas un mot non plus de la HES genevoises qui n’offre même pas au gouvernement le prétexte d’être autonome, comme l’uni, pour être oubliée. Au fond, un mot, une valeur manquait qui aurait compensé ces carences : l’excellence.
En revanche, l’accent mis sur la sécurité, « première de nos libertés », a mis en évidence la volonté de cohérence d’une majorité gouvernementale désormais à droite avec son programme et son succès électoral. Les effectifs supplémentaires demandés pour la police devraient lui être accordés par un parlement partageant les mêmes buts, une fois assuré le retour à une durée du travail débarrassée de sa machine infernale à heures supplémentaires.
Quant au respect de la population pour les forces de l’ordre, il passera par le respect de l’ordre – et des ordres – par ces mêmes forces. C’est aussi cela, « repenser les valeurs qui animent la police, sa manière d’être commandée, le fonctionnement de son état-major et son sens des priorités ». La mise hors d’état de nuire des « zizous » et autres dealers[3] doit l’emporter sur le contrôle du port de la ceinture de sécurité, important mais pas essentiel. Sacrée mission pour Isabel Rochat, dont le courage d’avoir repris les rênes d’un département ne peut que susciter un fort soutien politique, sacré défi pour une hiérarchie policière mise au pied du mur !
L’esprit de Genève, fait de dynamisme et d’ouverture sur le monde et la région – un angle d’attaque aussi choisi par le président du Grand Conseil dans son allocution – devrait trouver plusieurs pistes de concrétisation. Pas seulement sur le tarmac d’un aéroport apte à accueillir de gros porteurs, mais aussi dans la colline de Pinchat, bientôt percée, avant celle de Champel, pour permettre le passage du RER transfrontalier, et aussi par-dessus ou dessous un lac qui devra rapprocher et non plus séparer les habitants de ses deux rives. La mobilité, dans toutes ses formes, doit retrouver droit de cité. Ce conseil d’Etat est donc collectivement tenu d’exhiber son permis de conduire. Pour le permis de construire 10 000 logements en quatre ans, et de jeter les fondations du PAV, il lui reviendra de convaincre une majorité de ne plus écouter les sirènes des bloqueurs.
Afin de mener à bien ces projets qui ne sont pas que d’infrastructures, des moyens importants seront nécessaires. L’ouverture aux entreprises multinationales, l’importance du secteur financier ont fait judicieusement l’objet d’attentions particulières. Les entreprises locales n’ont pas été oubliées, qui devraient enfin voir une réforme radicale ( !) de la taxe professionnelle. Ce ne sera pas de trop pour permettre une sortie de crise à ceux qui financent directement ou indirectement, par les emplois créés, les projets dont Genève a besoin.
[1] Ah les pudeurs d’une République qui a refoulé le rôle d’une Eglise nationale, sans imaginer que le vide ne le resterait pas !
[2] D’autant que le peuple a plébiscité un allégement de la fiscalité sans effets, à ce jour, sur la générosité d’un Etat très providentiel.
[3] Pour ne prendre que cet exemple, la fin du marché de la cocaïne au Parc St-Jean est impatiemment attendue par ceux qui sont contraints de le traverser.
Premier pas vers un Yalta des médias romands
La décision de fusion des médias audiovisuels romands de service public était attendue car nécessaire. Sa mise en œuvre, en janvier 2010 déjà, est à saluer. La nouvelle marque RTS (Radio Télévision Suisse), née du processus de convergence entre la RSR et la TSR, devra faire la preuve par trois médias – outre la radio et la télévision, la RTS est fortement présente sur internet – des avantages qualitatifs de cette réforme, à quoi s’ajoutent les aspects quantitatifs, en termes d’efficience des ressources mises à disposition. Les craintes des milieux politiques de gauche, très attachés au pluralisme de l’information, surtout quand il est en leur faveur…, sont mal fondées. En réalité, les vrais enjeux sont ailleurs. Reprise da capo.
Cette fusion s’inscrit dans un processus national, voulu pour l’ensemble de la SSR par son conseil d’administration. Depuis trois déjà, la convergence médiatique existe à la minuscule Radio e Televisiun Rumantscha. En Suisse italienne, la RSI a suivi de près. C’est maintenant au tour de la Suisse romande, avant de toucher, en 2011, la Suisse alémanique. Elle traduit pour ce pays un phénomène qui a fait ses preuves à l’étranger. Scandivavie, Bénélux, Grande-Bretagne et Canada, autant d’exemples quotidiens des avantages d’avoir coordonné la fonction d’information, celle qui fait le plus parler d’elle. L’Union européenne de radiotélévision en a dressé la liste ; ils vont des opérations communes ou du partage des compétences à une créativité boostée par le fait de travailler au moins partiellement côte à côte et non plus dos à dos. Bref, loin d’écrire des partitions à l’unisson, la fusion permet de multiplier les variations sur un même thème.
Le choix du moment montre que le rythme de la réforme est enfin soutenu. Le dinosaure SSR, quasi-monopole bureaucratique décrié, pas toujours à tort, a pris conscience que le temps jouait contre lui. La concurrence internationale et régionale, mais aussi les modifications des habitudes des consommateurs et des annonceurs exigeaient en effet une réponse efficace, économique et efficiente. On peut à cet égard regretter que la SSR en général, la RTS en particulier aient réfléchi en termes de moyens en gros constants. La modestie des économies budgétisées (6 millions sur un total de dépenses de 392 millions en 2010, soit moins de 2%) par la RTS montre que le mammouth romand garde le gros de sa graisse. Attendre le salut d’une hypothétique hausse de la redevance témoignerait d’un optimisme peu de saison ; la récente offensive de Billag contre les PME pour récupérer des redevances en déshérence fait d’ailleurs penser à l’enrôlement d’adolescents pour défendre Berlin en 1945. Quant aux recettes publicitaires, elles fluctuent plus encore que l’économie réelle.
Quoiqu’en pensent les syndicats, la RTS sera donc amenée à exiger de ses collaborateurs une productivité en hausse. La composition de ses équipes de reportage, avec journaliste, preneur de son et cameraman, devra se rapprocher des normes retenues par les médias privés ; pour l’heure, elle fait encore penser aux équipages des avions à hélice, avec leurs pilotes, copilotes, mécaniciens et radio-navigateurs. Sauf que les compagnies aériennes, elles, se sont bon gré mal gré adaptées. On peut concevoir que des résistances internes se manifestent ; à la direction de la RST de trouver les modalités de transition vers le nouveau régime.
Une direction qui ne devrait pas avoir de peine à montrer le côté infondé des critiques en matière d’uniformisation de l’opinion, voire de prise de pouvoir libérale. Si au moins ! Les chroniqueurs attitrés de la RSR actuelle, les Anne Bisang, André Langaney, Elmer Leuenberger devraient-ils se mettre à trois pour contrer l’argumentation du seul Beat Kappeler ? Mise au point, Temps présent et le TJ donnent-ils l’impression d’une seule et unique doxa ? Ce ne sont pas les structures qui créent ou simplement favorisent l’uniformité de la pensée ; c’est le conformisme des individus. A cet égard, la RTS est confrontée au défi d’investir dans une formation de qualité pour ses journalistes. Car la fusion n’est qu’un moyen au service de l’enjeu fondamental auquel elle est confrontée : renouveler son public, et notamment attirer et fidéliser les jeunes.
Quant aux milieux politiques, ils devront prendre leurs responsabilités pour la suite de cette première réforme opérationnelle. Pour qui tient au fédéralisme, il n’est pas imaginable que la majorité des collaborateurs des médias romands soit concentrée à Lausanne. Alors que la presse écrite y trouve de plus en plus ses marques, l’information audiovisuelle a vocation à remplir les étages de la tour genevoise. Et pour le reste, que les directions continuent de diriger !
La libre circulation n’est pas un jouet
Une nouvelle initiative populaire, présentée ex abrupto, mi-novembre 2009, par un ex-conseiller fédéral démocrate du centre, pour dénoncer l’accord conclu avec l’Union européenne (UE) sur la libre circulation des personnes. Depuis le printemps, des motions, questions urgentes et autres interpellations d’élus fédéraux du même parti pour exiger en plus l’application de la clause de sauvegarde. Avec pour conséquence de revenir à l’époque des contingents de main-d’œuvre étrangère, dignes d’une économie planifiée. Un appel non voilé d’une conseillère fédérale socialiste aux entreprises pour embaucher en priorité des travailleurs « intégrés ». Dans certains cantons, la revendication d’une préférence cantonale pour éviter des engagements de frontaliers.
A n’en pas douter, l’aggravation conjoncturelle du chômage donne de la fièvre, accompagnée de cauchemars, à certains politiciens. Qui n’hésitent pas à jouer la détresse de certains contre l’avenir de tous, un avenir lié à la compétitivité des entreprises suisses. Car, paradoxalement, à suivre ces apprentis-sorciers, une partie importante des quelque quatre millions d’emplois qu’offre l’économie nationale serait en péril, et plus seulement une minorité en difficulté. En effet, un poste de travail sur trois dépend du commerce avec l’UE.
Une seule réponse, complexe, s’impose. Regarder d’abord la réalité des faits en face : l’immigration s’essouffle avec la crise[1], le nombre de frontaliers diminue dans la région lémanique comme à Genève[2], le chômage touche nettement moins les travailleurs suisses[3]. Procéder ensuite à une pesée d’intérêts. Cette réponse, c’est celle des partenaires sociaux[4], dont la Fédération des entreprises romandes. C’est aussi celle des partis politiques qui assument leurs responsabilités[5]. C’est celle enfin du conseil fédéral. Qui a refusé, en mai 2009 et pour de bonnes raisons, d’actionner la clause de sauvegarde, une mesure qui purgerait le malade à la mode de Molière…
Son introduction équivaudrait au retour d’obstacles mis à la gestion des entreprises, en plus qu’en un signal négatif pour l’attractivité de l’économie suisse[6]. D’autant que, selon le conseil fédéral, ces engagements de collaborateurs étrangers ou frontaliers ne se sont pas traduits par l’éviction de collaborateurs « indigènes ».
Balayons aussi le fantasme de l’ouverture de nouvelles négociations avec Bruxelles. Durement arrachés, les Accords bilatéraux – une voie imposée par l’UDC à la suite du rejet par le peuple de l’Espace économique européen (EEE) – ont été acceptés par deux tiers des citoyens (et trois quarts des Genevois) en 2000. A deux autres reprises, en 2005, sur leur première extension aux pays d’Europe centrale et sur les Accords dits de Schengen-Dublin, et en 2009, sur leur extension à la Roumanie et à la Bulgarie, le peuple suisse a confirmé son appui à cette voie escarpée. Et l’on imaginerait qu’il soit désormais favorable à leur abrogation ? Qui croit surtout que l’UE serait disposée à augmenter le nombre et l’ampleur de ses concessions à la Suisse ? Il est en revanche certain que la dénonciation d’un seul des Accords équivaudrait à l’effondrement de l’ensemble de l’édifice.
La politique étrangère est matière difficile. Elle ne s’enseigne pas au Café du commerce. Elle inclut par exemple les négociations en cours avec l’UE sur la fiscalité et le maintien du secret bancaire. Elle doit intégrer, pour ne prendre que ces exemples, les enjeux liés à la sécurité continentale et au-delà ou encore à l’approvisionnement énergétique. Elle suppose aussi que la Suisse soit considérée comme un partenaire ferme, et non une girouette. Qu’elle soit, sur le plan interne, fidèle à sa réputation d’Etat de droit. Or la préférence nationale, cantonale ou municipale, tant qu’à faire, ne respecte pas les Accords avec l’UE.
Cela ne doit évidemment pas empêcher les employeurs, lors de chaque engagement, de procéder à un examen attentif, sous toutes leurs facettes, des candidatures que le marché de l’emploi leur propose. Tout responsable des ressources humaines sait toutefois que le niveau des compétences n’est pas suffisant ; l’appétence des candidats, leur volonté de décrocher un emploi et de le garder, bref, leur personnalité pèsent tout autant dans la balance.
Le temps de l’interdépendance est arrivé. Avec ses avantages, avec ses changements, dont certains peuvent être vécus comme des inconvénients et se traduisent même en drames individuels. Mais revenir à un âge d’or, en réalité celui d’une moindre prospérité générale, est irresponsable. C’est aussi l’expression d’une tentation réactionnaire.
(Editorial à paraître dans Entreprise romande du 27 novembre 2009)
[1] En 2008, la population étrangère résidante permanente a augmenté de 76 916 unités. En 2009 (fin août), l’augmentation est de 48 088, selon les chiffres de l’Office fédéral des migrations. Détail piquant : Christoph Blocher se plaint de l’arrivée de travailleurs allemands (« mille chaque mois, en pleine récession »). A-t-il conscience que les retours des Serbes dans leur pays sont plus nombreux ? Selon la statistique des étrangers calculée par l’ODM à fin août 2009, il y a eu, par rapport à l’année précédente, 20 872 Allemands en plus, mais 21 617 Serbes en moins !
[2] Selon la Statistique de l’emploi de l’OFS, valable pour le 3ème trimestre 2009.
[3] Avec un taux de chômage qui a atteint 4% en octobre 2009 (2,9% pour les travailleurs suisses, soit 89961 personnes), le chômage de longue durée (plus d’une année) – qui est le drame véritable – ne concerne que 14% des chômeurs (22416 personnes) suisses et, là aussi, surtout étrangers peu formés.
[4] Lire, sur le site de l’USS www.uss.ch, « Pourquoi un chômage si important ? La cause n’est pas la libre circulation des personnes, mais une politique qui aggrave la récession », septembre 2009 ;
sur celui d’economiesuisse www.economiesuisse.ch « Juste renonciation à la clause de sauvegarde », communiqué du 25.05.2009 ;
sur celui de l’Union patronale suisse http://www.arbeitgeber.ch/f/webexplorer.cfm?ddid=82525CF9-C47E-250A-6E635B7D1EE3A443&id=30&tlid=1, « Judicieuse renonciation à la clause de sauvegarde ».
[5] Lire sur le site du PLR www.plr-fdp.ch, FDP.Die Liberalen äussert sich zur Ventilklausel », communiqué n° 20 du 28.05.2009.
[6] Notamment pour l’engagement de personnel communautaire qualifié voire très qualifié, des infirmiers aux informaticiens en passant par les spécialistes financiers.
VESENAZ, CEVA, même combat
2 x OUI à une région qui bouge le 29 novembre 2009


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